+ + Nicolas Malinowsky + +
Une part croissante de la population des pays industrialisés possède aujourd’hui un ordinateur et les logiciels de graphisme et mise en pages sont de plus en plus accessibles, que ce soit financièrement ou techniquement, grâce à la multitude de forums et autres démonstrations en ligne. Tout le monde (ou presque) peut donc s’improviser (apprenti) graphiste, qu’il s’agisse d’une présentation dans le cadre d’une réunion de travail, ou par simple plaisir, curiosité, ou amusement à l’occasion d’une invitation, d’un diaporama de vacances, d’un fond de page sur Myspace, ou même d’un tract pour retrouver son chat perdu.

Si certaines grandes entreprises font appel à des graphistes pour la mise en page de leur présentations Power Point lors des grandes réunions, dans les petites et moyennes entreprises ce sont les employés qui s’en chargent. Au delà de ça, il y a toujours quelqu’un pour réaliser l’affiche du tournoi de ping-pong et, à la boulangerie, c’est le fils du patron qui a créé le logo du haut de ses 15 ans. Ainsi les exemples de graphisme amateur fourmillent dans notre vie quotidienne et se mêlent par la force des choses au graphisme dit « professionnel » c’est-à-dire celui réalisé par les graphistes de métier.

Alors, y a-t-il encore une frontière entre graphisme amateur et professionnel aujourd’hui, si ce n’est celle du jugement que font les professionnels du « travail» des amateurs ? C’est une des question que pose le mémoire de Yoann Bertrandy, présenté à l’Ecole Supérieure des Arts Décoratifs de Strasbourg en 2008 et intitulé « Tout le monde est un graphiste », que je vous invite vivement à lire ici.
En voici un extrait : « A l’heure de la rédaction de ce mémoire, je constate un rapport extrêmement inégal entre l’amplitude que prend, dans nos études de design graphique, la notion de “graphisme d’auteur” et sa place réelle dans la pratique de ce métier. Je mesure également la distance qui distingue le monde des auteurs, monde savant regardant tantôt avec dédain, tantôt avec amusement les autres formes de graphisme, et celui des amateurs, ignorant presque tout du graphisme et à fortiori du graphisme d’auteur. J’ai par conséquent eu la volonté de me dégager de la vision unilatérale que me propose (malgré lui) l’enseignement en communication visuelle en étudiant le graphisme le plus opposé au graphisme d’auteur: le graphisme amateur» – Yoann Bertrandy.
Le mémoire est accompagné d’un livret d’entretiens avec 5 de ces « graphistes amateurs », qui présente aussi un grand intérêt sociologique (et notamment dans sa dernière partie sur l’adaptation des tracts des uns par les autres, qui met bien en lumière les différences de « goûts » et de « style » ).

Liens :
Mémoire « Tout le monde est graphiste »
Livret d’entretiens avec 5 graphistes « amateurs »
Words by Nicolas Malinowsky. Urbi et Orbi © 2008-2009.