+ + Camilla Schickova + +

Carnival kids – Notting Hill Carnival, London, England.
+ + Camilla Schickova + +

London students lucky enough to have Notting Hill Carnival on their doorstep.
+ + Sarah + +

Affiche destinée à la collecte de fonds pour le “pèlerinage annuel des malades à Lourdes”.
La ville de Lourdes accueille chaque année plus de 6 millions de pèlerins catholiques du monde entier, dont environ 60000 malades ou invalides qui espèrent une guérison miraculeuse.
Fund-raising poster for the “annual pilgrimage of the sick to Lourdes”
More 6 million Catholic pilgrims from around the globe visit the city of Lourdes every year. This includes approximately 60000 sick and disabled pilgrims who come to seek miraculous healing.
+ + Sarah Ghlamallah + +
Si Noël est bel et bien mondialisé et fêté chaque année par des millions de personnes à travers le monde, il n’existe pas pour autant un seul Noël uniformisé. Plusieurs Noëls se côtoient au travers de conceptions et de pratiques qui peuvent être très différentes. A Noël, la religion, la tradition, la famille, les rôles qui y sont attribués aux différentes générations, les notions d’assemblée et de communion, et l’idée de cadeau occupent des places toujours prépondérantes mais tout à fait variables.
Parmi les théories de Noël, il en est une assez répandue selon laquelle une petite fête familiale et spirituelle se serait, au fil du temps, transformée en une orgie capitaliste et une grand messe consumériste sans âme dont l’apôtre ne serait autre qu’un Père Noël portant haut les couleurs d’une célèbre marque de soda.

Cette perspective présente souvent Noël comme une « pseudo » ou « fausse tradition », voire, et c’est intéressant, comme une « tradition trafiquée ». Plusieurs variations existent sur ce thème puisque des groupes aussi différents que des alter-mondialistes, critiques vis-à-vis de la mondialisation, et des chrétiens pratiquants, empreints de valeurs spirituelles, peuvent se retrouver autour de ce sentiment. Chacun l’articulera ensuite à sa manière, la notion d’une fête « dénuée d’âme » n’étant évidemment pas comprise de la même façon par les deux groupes cités ici en exemple. Cependant, et comme l’a démontré Daniel Miller, les rapports de tension entre le matériel et le spirituel d’une part, et entre la sphère familiale (privée) et la sphère publique d’autre part, s’avèrent anciens et ne sont pas en soi liés à l’évolution, pourtant importante et bien réelle, des pratiques de Noël. Ces tensions seraient plutôt le fait de tendances qui gravitent depuis toujours autour du rituel de Noël et des questions soulevées par la façon de célébrer ce rituel. Ces débats sont donc une partie intégrante de Noël, et ils peuvent aussi servir de vecteurs à travers lesquels différentes visions et différentes pratiques de Noël se définissent, font sens et prennent forme.
Un exemple de ce débat entre matériel et spirituel peut être observé cette année dans une « campagne » intitulée « Noël Autrement » , conduite pour la quatrième fois consécutive en France par un large regroupement d’associations chrétiennes. Sur l’affiche de la campagne, les slogans « arrêtons l’hyper-Noël » et « faisons la paix avec la terre » apparaissent autour d’un sol jonché de produits de consommation courante parmi lesquels on distingue une majorité de produits technologiques qui évoquent plutôt le monde des adultes (navigateurs, téléphones et autres) et seulement quelques jouets qui se démarquent d’emblée comme agressifs (un tank et des robots de combat).


Le terme « campagne » n’est pas anodin, puisqu’il est un vecteur de positionnement par rapport à ce qui est perçu comme une évolution sociétale de plus grande ampleur. La campagne Noël Autrement propose, comme son nom l’indique, de faire Noël « autrement », et à ce titre elle affirme clairement sa vision de Noël : « Noël c’est une naissance, la promesse d’un enfant. Il n’y avait pas de place pour Jésus et sa famille à l’auberge : aujourd’hui cette question est posée à chacun d’entre nous : laissons-nous sur Terre de la place pour tous ? » L’idée de campagne ne relève donc pas du sens figuré et le site propose de passer à la pratique grâce à différents outils de réflexion sur les symboles et les significations de Noël, et notamment un « kit d’animation » pour aborder en groupe des « questions liées à la paix dans le monde et à la consommation responsable ». Extrait :

La tension entre matérialisme et spiritualité mentionnée plus haut est donc ici bien mise en évidence. L’ hyper-Noël est rejeté comme une « frénésie » matérialiste, c’est-à-dire comme un rituel de l’excès.
Autre initiative présentant une déclinaison culturelle intéressante sur le thème de Noël, celle de l’Eglise Réformée de France qui a produit un clip vidéo pour communiquer sur Noël. La chanson s’intitule « Noël No Hell », c’est-à-dire « Noël pas l’enfer » ou encore « Fini l’enfer à Noël », et elle est interprétée par le groupe NoShame. Le titre de la chanson et le nom du groupe contiennent des négations qui évoquent immédiatement une démarche d’opposition.
Ce chant de « Noël No Hell » se distingue en premier lieu par son professionnalisme et par la présence de nombreux métis ou personnes de couleur, notamment les trois interprètes, choses parfois encore inhabituelles en matière de chants religieux en France. D’autre part, le chant vise un public jeune et très jeune, directement représenté à travers la présence de nombreux enfants dans le clip (a contrario, les personnes âgées sont peu présentes dans la distribution). Le genre musical participe également de cette démarche envers une cible jeune et potentiellement ‘multiculturelle’ – celui-ci contient un ensemble de sous parties distinctes qui se concentrent chacune sur un élément différent du message. Il s’agit d’un style RnB (néo Rythm and Blues) teinté de Gospel, mêlant Rap et choeurs d’enfants. Les parties chantées en style RnB-Gospel sont interprétées par une femme et un homme – beaux, jeunes et de blanc vêtus – et véhiculent principalement la célébration de Noël à travers des valeurs fédératrices de douceur (pour elle) et de spiritualité (pour lui) de Noël. La partie Rap est interprétée par un rappeur – vêtu de sombre et muni d’une casquette retournée – et représente la critique de Noël et le dégout du matérialisme. Aux deux genres correspondent donc des registres, entre critique (contre, injustice et malhonnêteté) d’une part et célébration (pour, amour et paix) de l’autre. Les choeurs d’enfants qui ponctuent la chanson sur le thème de la joie et de la magie de Noël sont un ancrage et une médiation, et, sur le plan du genre, ils apportent une tonalité familiale et une couleur « Noël » à la chanson.
Les paroles mettent plusieurs valeurs en avant. Par exemple, le passage « Est-ce fini les flingues en plastique pour nos fistons, Pour les fillettes, les plans string et séduction ? » critique une pratique rituelle, et travers elle une société, perçues comme axées sur la consommation et fait valoir le souhait de préserver l’enfance. Par ailleurs, les vers « Dieu est sur la paille, comme toi, Lui aussi n’a pas de toit » évoquent l’idée d’un retour aux textes ainsi qu’à des notions de simplicité et de dépouillement – des éléments affirmés comme l’antithèse du rituel de l’excès « l’hyper-Noël ».
Le film et les paroles abordent également la figure symbolique du Père Noël : « Il passe à l’action, le gros type en rouge à la barbe blanche Qui chaque jour, eh yo, planche, Sur comment tout te prendre, Jusqu’à ton caleçon. Ma parole ! Fais attention, garçon, pour tes gosses. Infini : ils l’ont cloné par millions, de toute façon, Avec sa barbe en plastoc, Rires, sourires en toc, L’arnaque du siècle, Mec, je t’assure, elle est mastoc ! » Ici, le père Noël est mis à l’index sur la base des valeurs qui lui sont associées – arnaque et profit – et à ce titre il personnifie le mauvais esprit de Noël.
Une distribution multicolore d’une part et une identité stylistique télégéniquement très actuelle – dans le genre musical, le rythme et la technique vocale, dans la direction artistique du clip ou encore dans l’usage du franglais (« le baby de Bethléem ») – d’autre part sont donc associés à une thématique qui s’avère plus ancienne, celle du mauvais esprit de Noël et du rituel de l’excès.
Remarquons, pour finir, qu’en France, cette thématique fut exploitée d’une manière autrement plus ritualisée lors d’un événement très symbolique survenu le 23 décembre 1951 à Dijon. Une effigie de Père Noël haute de deux mètres cinquante, construite en fil de fer et habillée de rouge et de blanc fut brûlée ce jour-là sur le parvis de la cathédrale Saint-Bénigne, au milieu de centaines d’enfants chantant des hymnes religieux.

C’est d’ailleurs à la suite de cet événement que Claude Lévi-Strauss publia son célèbre essai intitulé « le Père Noël supplicié ». Jacques Nourissat, le vicaire de la cathédrale évoqua le rituel en parlant de « jeu liturgique ». Quant à Lévi-Strauss il qualifia, non sans humour, l’événement d’ « autodafé » pur et simple.
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Références:
Claude Lévi-Strauss, 1996 (1e éd. 1952), Le père Noël supplicié.
Daniel Miller (ed.) 1995, Unwrapping Christmas.
Liens:
Site de la campagne Noël Autrement
Site de la chanson Noël No Hell
Sources des images : Noël Autrement, le Bien Public et le Père Google.

Words by Sarah Ghlamallah. Urbi et Orbi © 2008-2009.
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Chocolats de Noël. Christmas chocolate box.